Interview : Sebastien Nahon, sociologue et coach pour l’Atelier Cambier

Interview : Sebastien Nahon, sociologue et coach pour l’Atelier Cambier

Sébastien Nahon est Consultant-formateur et Maître de conférence à l’UCL Mons. Il a vu évoluer l’Atelier Cambier, voici son interview :

Monsieur NAHON Pouvez-vous nous présenter vos activités ?

Je suis Maître de conférences à l’UCL Mons et Consultant dans le secteur des organisations. Mes spécialités sont l’intelligence collective, la créativité et l’innovation.

J’ai commencé en 1996. J’ai travaillé sur le management organisationnel au niveau flexibilité avec des audits de valeur mais également des diagnostics d’entreprises en termes de systèmes sociaux.

Aviez-vous déjà entendu parler de l’Atelier Cambier avant de rencontrer son personnel ?

Mon collègue faisait sa thèse de doctorat à l’UCL sur base des données récoltées à l’Atelier Cambier. J’ai donc entendu parlé de cette entreprise dès 1996.

Quel a été votre premier sentiment lors de la rencontre ?

Le sentiment, en perception spontanée, que c’était une entreprise à but sociaux qui passait à l’entreprise économique à finalité sociale.

C’était vraiment le moment du passage d’une entreprise « occupationnelle » de travailleurs à une entreprise qui devait aller chercher des clients, des nouveaux produits et des contrats pour mettre au travail mais aussi faire de l’insertion socioprofessionnelle.  C’était une entreprise qui basculait d’un monde à l’autre et de manière rapide, assez radicale.

Quelle a été la principale problématique perçue immédiatement ?

La rapidité…

Une des qualités mais aussi des difficultés de l’Atelier Cambier, c’est d’avoir à sa tête un directeur qui veut que les choses changent et avancent très vite.  Le personnel peut avoir des difficultés pour suivre mais vouloir avancer et changer très vite reste clairement la force et la difficulté de l’Atelier Cambier.  L’entreprise connue dans les années 90 n’a plus rien à voir avec l’entreprise actuelle. C’est une autre entreprise, un autre monde, une autre manière de fonctionner,…

Comment l’Atelier Cambier a fait appel à vous ?

Ils ont fait appel à moi à plusieurs reprises.

L’Atelier Cambier a cette intelligence de vouloir avoir un regard extérieur en ayant quelqu’un qui met le doigt sur leurs difficultés, sur quoi ils doivent rebondir, pour pouvoir mettre en place des plans d’actions.  Ils ont cette démarche tous les 5 ans au minimum parce qu’ils veulent se réinventer, se restructurer.  Lors de ma dernière intervention, ils avaient l’impression de rester sur leurs acquis et ils voulaient retrouver un tremplin pour redécoller, trouver des nouveaux défis.

Quelles ont été vos interventions ?

Une 1ère intervention qui avait pour but de réinventer tout le système de gouvernance dans les années 90. Cela a été réalisé avec la base du modèle ISO et toute sa philosophie.

La 2ème intervention était au niveau du management des buts sociaux et comment professionnaliser toute l’intervention sociale au niveau des travailleurs. Nous avons travaillé pour créer un management de type ISO au niveau du management social du client interne qui est le collaborateur.

La 3ème intervention a été de fluidifier toute l’organisation en la rendant la plus agile et flexible possible.

J’ai trouvé une chose très intéressante lors de ma dernière intervention : j’ai simplement mis des mots, des concepts sur ce qu’ils faisaient déjà.  L’Atelier Cambier est parti sur l’intuition en se disant : « C’est ainsi qu’il faut faire » alors j’ai juste conclu en leur confirmant qu’ils avaient changé de modèle, de système de valeurs mais qu’il existait des outils de management pour aller dans le même sens.  Ils étaient ravis de découvrir qu’ils avaient fait de la prose mais sans le savoir. C’était très impactant pour eux.

Quels ont été les changements ?

Ils sont partis très vite dans l’entreprise très agile, libérée.

Mon apport a été de leur signaler que le problème était qu’ils fonctionnaient sans cohérence de modèle.  Aujourd’hui ils restent agiles, flexibles, le plus innovant possible mais ils ont intégré des outils, des manières de faire.  Pour le dire plus simplement, tous les départements aujourd’hui essayent de parler le même langage et cela ce n’était pas le cas avant.

Il y a donc eu un effort de communication ?

Exactement, un effort de structuration.  Ils font la même chose mais avant ils ne le disaient pas de la même manière alors qu’aujourd’hui ils essayent d’avoir le même jargon, le même type de processus. Nous savons maintenant passer d’un service à l’autre en travaillant de la même manière.

C’est donc plus que de l’intuition : c’est de la structuration.

Développer la culture d’entreprise a été une étape primordiale ?

Le collectif…

Ce qui est important dans ce cadre : l’autonomie du collaborateur, la responsabilisation et les prises d’initiatives.  Un système de valeurs est nécessaire et il doit être porté à la conscience en se demandant comment mettre en place les valeurs.  L’esprit de l’organisation a clairement bougé très vite en 2 ans. C’est l’esprit Cambier avec ses valeurs.

Pensez-vous que maintenant les personnes externes perçoivent cet esprit par exemple lors d’une visite ?

Pas encore parce que il y a un gros décalage entre la 1ère chose que l’on peut voir chez les personnes de l’Atelier Cambier qui sont l’énergie positive, le sourire et les murs de l’entreprise.

Cela ne se traduit pas au niveau des murs et de l’ambiance, mise à part la cafétéria récente. La façade ne reflète pas encore l’esprit Cambier.  Quand on vient de l’extérieur, si vous n’avez pas encore rencontré quelqu’un de l’équipe, vous n’avez pas encore conscience de tout cela.  Il y a un travail en cours avec le site internet, montrer et alors tout le monde verra de l’extérieur ce qui se passe à l’intérieur.

Si je dois donner une image, c’est comme quand vous arrivez à l’aéroport de Bali. C’est un endroit strict, même angoissant alors que quand vous rencontrez le premier balinais, vous réalisez que c’est un pays de l’accueil et chaleureux.

Tout le travail de Cambier, maintenant, c’est faire en sorte que ce qui se vit à l’intérieur se voit à l’extérieur.

Il faut faire en sorte de montrer à l’extérieur tout cet esprit ?

Changer les murs, communiquer,… tout cela va dans le bons sens et clairement changer l’habit.  Bien que ce sont des personnes hyper modernes, on a un habit très traditionnel.

Si vous devez résumer les valeurs de l’Atelier Cambier ?

Collaboration, innovation, initiative, écoute et respect.

Il y a vraiment une écoute de l’autre et de la bienveillance. Ce qui prime clairement est l’esprit d’initiative, la responsabilisation et l’innovation. Ils sont d’éternels insatisfaits qui doivent bouger tout le temps et vous retrouvez cela parmi le personnel ouvrier également.

Que pensez-vous de l’avenir de l’Atelier Cambier ?

Ils vont grandir et ils doivent arriver à grandir en gardant cet esprit collaboratif.  Cela sera leur défi car avec leur énergie, ils vont avoir des clients supplémentaires et ils passeront à 300,400 ou 500 travailleurs, il faudra garder cet esprit même si tout va très vite.  En ce qui concerne l’identité de l’Atelier Cambier, elle est fondamentale. L’avenir ne peut se concevoir sans cet esprit familial, de collaboration et de respect.

Au-delà de la qualité du travail, c’est donc la culture d’entreprise qui est importante pour cet avenir ?

Les deux sont liés. L’ouvrier et le collaborateur font un bon travail car ils se sentent compris, pris dans un projet collectif et ont envie de s’investir.  La qualité du travail vient de cette ambiance positive.

Une conclusion, en quelques mots ?

Enthousiasme et perfectionnisme !  Ils en veulent toujours plus et sont motivés.  Finalement, ils cherchent toujours à changer et à s’améliorer.

Nous remercions Sébastien Nahon pour son témoignage et nous vous invitons à partager votre sentiment concernant celui-ci.

Propos recueillis par Samira Gherbi, Community manager

« La semaine prochaine, nous vous proposerons une chronique concernant la gestion des « richesses humaines » écrite par notre responsable RH, Linda Benet. Elle sera le prolongement de cette entrevue avec Monsieur Nahon. A très vite ! »